Publié le 14 septembre 2026 Mis à jour le 16 septembre 2026
du 18
au 20 septembre 2026
Musée des Moulages
Bienvenue au musée des moulages. Notre musée possède une collection de plus de 1000 moulages en plâtre reproduisant des sculptures de l’Antiquité jusqu’à l’époque moderne. Avec cet audioguide, vous saurez comment étaient réalisés les moulages en plâtre ; comment et pourquoi ce musée a été créé ; et évidemment on vous parlera de certaines œuvres.

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La technique de moulage - Qu'est-ce que le plâtre ?
Texte 1

Cette première partie de votre visite est consacrée au moulage. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, un moulage n'est pas une simple copie : c'est le résultat d'une véritable technique, qui demande des savoir-faire spécifiques.
Cette partie sera découpée en plusieurs audios thématiques : le plâtre, les moules, les moulages et l’évolution des techniques.

Pour comprendre comment naît un moulage, il faut d'abord s'intéresser à son matériau principal : le plâtre.
Tout commence avec une roche appelée le gypse. Il s'agit d'un minéral assez courant, composé de petits cristaux. Sa couleur varie généralement du blanc au brun clair. En France, on le trouve notamment en région parisienne, où se concentraient autrefois de nombreuses carrières spécialisées, appelées des plâtrières.
Pour transformer le gypse en plâtre, il faut d'abord le cuire dans de grands fours. Cette cuisson permet de faire évaporer l'eau naturellement contenue dans la roche. Une fois chauffé, le gypse devient friable, on peut alors le broyer pour obtenir une poudre très fine. Au toucher, cette poudre ressemble un peu à de la farine. Elle est légère, douce et très fine.
Pour fabriquer du plâtre, il suffit ensuite d'ajouter de l'eau à cette poudre. Les artisans utilisent alors une expression particulière : ils disent qu'ils « gâchent le plâtre ». Le mélange forme une pâte épaisse et souple qui peut être coulée dans un moule. Pour imaginer sa texture, pensez à une crème pour le corps assez dense, comme la Nivea Crème. C'est une matière onctueuse qui s'étale facilement entre les doigts.
Le plâtre possède une propriété remarquable : il change plusieurs fois d'état. Au départ, c'est une roche solide. Une fois réduit en poudre puis mélangé à l'eau, il devient presque liquide. Enfin, en séchant, il redevient solide.
C'est sa capacité à épouser une forme avant de durcir qui permet la réalisation des moulages.



La technique de moulage - La constitution d'un moule
Texte 2

Le plâtre ne suffit pas à lui seul : pour réaliser un moulage, il faut d'abord un moule. Et pour fabriquer ce moule, il faut prendre l'empreinte de l'œuvre originale.
La collection du musée date du 19ème siècle. À cette époque, le silicone n'existe pas encore, les moules sont donc eux aussi réalisés en plâtre. Mais comment éviter d'abîmer une sculpture originale lors de cette étape ? Car nous rappelons que le plâtre durci lorsqu’il est sec.
Les artisans mouleurs ont mis au point une technique très ingénieuse : le moule à bon creux. Le principe est simple en théorie, mais très complexe en pratique : le moule est fabriqué en plusieurs morceaux. Chaque pièce peut être retirée séparément, puis remise en place sans endommager l'œuvre.
Le moule à bon creux s'oppose au moule à creux perdu, pour lequel le moule est cassé après utilisation.
Toute cette réflexion préalable, qui consiste à penser la sculpture en plusieurs parties, s'appelle le raisonnement.

Une fois ce travail de préparation terminé, on passe à la prise d'empreinte, directement sur la sculpture originale.
La première étape consiste à recouvrir l'œuvre d'un corps gras. Cela empêche le plâtre d'adhérer à la surface. Au 19ème siècle, on utilisait de l'huile d'olive ou du savon noir. Imaginez une surface légèrement glissante et protégée, un peu comme une peau enduite de crème.
Ensuite, on délimite les différentes parties du futur moule à l'aide de petits boudins d'argile. Vous pouvez les imaginer comme des lignes souples posées sur la sculpture, qui dessinent des frontières : ici, le moule s'arrête ; là, il recommence.
On coule ensuite le plâtre dans chaque zone, une par une.
Chaque élément est réalisé séparément : on laisse sécher, on retire la pièce, on en lisse les bords, puis on la remet en place avant de passer à la suivante.
Petit à petit, le moule prend forme. Il devient un ensemble de pièces qui s’ajustent parfaitement les unes aux autres. On parle alors d’un moule à pièces.
Certaines sculptures très grandes ou très détaillées nécessitent un grand nombre de pièces. Plus une zone est complexe, plus les éléments du moule doivent être petits et précis. Dans certains cas, un moule peut compter jusqu’à 150 pièces. Cela représente plusieurs mois de travail pour les artisans mouleurs.



La technique de moulage - La réalisation du moulage
Texte 3

Une fois le moule terminé, on passe à l’étape du tirage.
On y coule du plâtre liquide. Il vient remplir l’intérieur du moule, en épousant tous ses détails, puis il durcit progressivement. C’est ainsi que naît la sculpture en plâtre.

Pour les sculptures complexes ou de grande taille, on ne réalise pas le moulage en une seule fois. On procède par grandes parties. Certains éléments sont fabriqués séparément : les bras, la tête, les mains ou encore toutes les parties qui dépassent du corps principal. Ces éléments s’appellent des abattis. Ils correspondent à tout ce qui ne fait pas partie du bloc principal de la sculpture et qui doit être moulé à part.
On peut les imaginer comme les différentes pièces d’un corps démontable, fabriquées séparément puis assemblées ensuite, un peu comme un jeu de construction de type Lego.
Une fois ces éléments réalisés, on passe à l’assemblage sur le corps principal. Pour cela, les artisans utilisent des systèmes d’emboîtement, un peu comme des prises électriques mâle et femelle. Les pièces viennent ainsi s’insérer les unes dans les autres.

Sur certains moulages, on peut observer de fines lignes en relief : ce sont les coutures. Ces coutures correspondent aux endroits où les différentes pièces du moule se rejoignaient. Elles sont la trace directe du découpage du moule que nous avons vu précédemment.
Pour les visualiser, pensez à un vêtement. Sur un jean, par exemple, les coutures longent les jambes, entourent les poches ou suivent la fermeture. Elles indiquent les assemblages des différentes pièces de tissu.
Sur une sculpture, c’est exactement le même principe : les coutures montrent comment l’objet a été construit, morceau par morceau.
Ces traces peuvent être effacées par ponçage. On vient alors lisser la surface pour les rendre invisibles. Mais cela demande du temps, du travail, et donc un coût supplémentaire.

Beaucoup de moulages du musée mesurent plusieurs mètres de hauteur. À cette échelle, un moulage plein serait extrêmement lourd et difficile à manipuler. Pour alléger les sculptures, on les réalise donc en creux.
Le principe du tirage creux s’inspire d’un geste simple, comparable à celui des chocolatiers. On verse une première couche de plâtre dans le moule, puis on le fait circuler pour qu’il recouvre toutes les parois. Cette opération est répétée plusieurs fois, afin d’obtenir une épaisseur suffisante et une bonne résistance. On construit ainsi une paroi solide, sans remplir entièrement le volume intérieur.



La technique de moulage - Les finitions du moulage
Texte 4

Le plâtre est un matériau fragile. Pour lui donner plus de solidité, on ajoute donc une armature. Le principe est simple : renforcer l’intérieur de la sculpture. Pour cela, on peut utiliser différents matériaux comme de la filasse, de la toile de jute, ou encore des tiges en métal ou en bois. Ces éléments peuvent être utilisés seuls ou combinés entre eux. On peut les imaginer comme un squelette caché à l’intérieur du plâtre, qui assure la solidité de l’ensemble.
Ces renforts sont placés dans le moule au moment de la dernière couche de plâtre, avant que celui-ci ne durcisse.
 
Les ateliers de moulage avaient aussi l’habitude de signer leurs œuvres, grâce à des marques. Première possibilité : le tampon. Vous pouvez vous les représenter comme une sorte de tampon. À ce moment-là, le plâtre est encore mou et il garde donc l’empreinte. Deuxième possibilité : l’estampille. Il s’agit d’une petite plaque de métal gravée, que l’on vient insérer dans le plâtre encore frais.
Aujourd’hui, ces marques sont précieuses. Elles permettent d’identifier l’atelier de fabrication d’un moulage, et parfois même de dater sa réalisation. Certains ateliers n’ont existé que quelques années, ce qui rend ces indices particulièrement utiles pour les historiens.
 
Enfin, même si le plâtre est naturellement très blanc, il peut être modifié pour se rapprocher de l’apparence des œuvres originales.
On applique alors une patine, c’est-à-dire une couche de peinture en surface qui imite d’autres matériaux comme la pierre, le marbre, le bronze ou la terre cuite. La patine ne modifie pas la matière du moulage : elle en transforme uniquement l’aspect visuel, en lui donnant une autre apparence.



La technique de moulage - Évolution des techniques
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À partir de la fin du 19ème siècle, les techniques de moulage évoluent. On commence à utiliser des moules souples : d’abord en gélatine, puis en silicone à partir des années 1950.
Le silicone, contrairement à certaines idées reçues, n’est pas un plastique. Il s’agit d’un matériau dérivé du silicium, un élément très présent dans les roches et le sable.
Quand on parle plus précisément de moules en silicone, on fait généralement référence à des silicones élastomères. Un élastomère n’est pas une substance unique, mais une famille de matériaux. Le terme vient de « élastique » et de « polymère ».
Un polymère est une très longue chaîne de molécules reliées entre elles. Dans un élastomère, ces chaînes sont liées à certains endroits, formant une sorte de réseau souple en trois dimensions.
Au départ, le matériau est liquide. Puis une réaction chimique le fait durcir tout en conservant son élasticité. C’est cette propriété qui est essentielle : un moule en silicone se comporte un peu comme un caoutchouc très souple, et non comme un plastique rigide. Grâce à cette élasticité, le moule épouse très précisément les détails de l’œuvre et facilite le démoulage. Il permet aussi de réduire le nombre de pièces nécessaires pour reproduire des formes complexes.
 
Aujourd’hui, il est même possible de reproduire une œuvre sans la toucher, grâce aux technologies numériques. Avec un scanner 3D ou des techniques de photogrammétrie, on obtient une image tridimensionnelle extrêmement précise de l’objet. Cette image peut ensuite être transformée en modèle numérique, puis imprimée en 3D. On ne parle alors plus de moulage, mais de reproduction.
L’un des principaux avantages de ces techniques est de pouvoir reproduire une œuvre très fidèlement, tout en évitant tout risque d’endommager l’original.
Dans la plupart des cas, ces reproductions (comme celles présentées dans l’exposition) sont réalisées en plastique. Ce matériau permet d’obtenir des objets plus légers et moins fragiles que le plâtre.
 
À partir de l’apparition de ces nouvelles techniques, le moulage traditionnel à bon creux, plus long et plus complexe, est progressivement abandonné. Tous les moulages que vous voyez ici ont pourtant été réalisés selon cette méthode traditionnelle. C’est ce qui leur donne aujourd’hui une valeur patrimoniale particulière : ils témoignent d’un savoir-faire entièrement manuel, précis et exigeant.



Histoire du musée
Texte 6

Au 19ème siècle, une nouvelle discipline se développe à l’université : l’histoire de l’art et l’archéologie. Dès 1893, un archéologue, Maurice Holleaux, lance les premières commandes de moulages et prévoit un espace pour les accueillir dans l’université. À l’origine, le musée ne se trouvait donc pas ici, mais à la faculté des lettres, sur les quais Claude Bernard.
Quelques années plus tard, Henri Lechat, spécialiste de l’Antiquité grecque et professeur, devient le premier conservateur du musée lors de son inauguration en 1899. À cette époque, il s’agit d’un musée des antiques : la collection couvre des œuvres allant de l’Égypte et la Mésopotamie jusqu’à l’époque romaine. mais la majorité des œuvres provienne de la Grèce antique, époque très en vogue au 19ème siècle. L’art égyptien et romain sont surtout là pour montrer l’art d’avant et d’après l’art grec.
Ces moulages avaient un rôle pédagogique. Ils permettaient aux étudiants de voir des œuvres qu’ils ne pouvaient autrement découvrir qu’en voyage. Et surtout, de les observer en volume, dans le détail.
Ils servaient aussi à la recherche : Lechat les utilisait pour comparer les styles, et suivre leur évolution.
Ils pouvaient également servir de modèles pour l’apprentissage du dessin, notamment dans les écoles des beaux-arts.

Parallèlement, un musée consacré à l’art médiéval et moderne est créé en 1913 par Henri Focillon.

Suite à la scission de l’université dans les année 1970, les collections de moulages sont « maltraitées » et doivent sans cesse déménager. Ce sera qu’à partir de 1985 que les deux musées seront réunis au centre Berthelot (ancienne école de santé militaire). Cependant, cet espace n’était pas adapté pour recevoir la vaste collection de moulages. L’université fini donc par déménager une dernière fois son musée qui s’installe donc ici au début des années 2000.

Le musée des moulages se cherche encore aujourd’hui. il n’est plus seulement rattaché à une discipline, mais cherche à s’ouvrir au plus grand nombre afin de transmettre à tous son patrimoine. C’est pour quoi il propose notamment des ateliers aux scolaires, des visites découvertes pour tout public, ainsi que des visites audiodécrites et tactiles pour les personnes déficientes visuelles. 

Maintenant que vous savez tout sur notre musée et sur la technique de moulage, vous allez pouvoir découvrir certaines œuvres reproduites par nos moulages…



 

Informations pratiques

Lieu(x)

Musée des Moulages