Publié le 27 février 2026 Mis à jour le 10 mars 2026
le 2 mars 2026

Afin de saluer l'originalité et la pertinence des recherches des jeunes chercheuses et chercheurs en fin de thèse, la Fondation des Treilles remet chaque année un prix d'excellence. Après Léa Buttard et Marceau Forêt en 2025, deux doctorantes sont distinguées et figurent au palmarès de l'édition 2026.

Accès direct : entretien avec Oriane Poret | entretien avec Zoé Poli

Pour l'année 2026, le conseil scientifique de la fondation, présidé par le Professeur Pascal Ory, membre de l'Académie française, a couronné 25 lauréates et 8 lauréats parmi les 116 candidatures reçues, préparant des thèses en sciences humains et sociales (23), en sciences de la matière, de la nature et de la vie (7) et en archéologie (3). L'annonce de ces résultats est l'occasion de donner la parole à nos lauréates, Oriane Poret et Zoé Poli, pour mettre en lumière leur recherche.
 

Oriane Poret, doctorante en histoire de l'art contemporain

Après un baccalauréat littéraire, Oriane Poret s'est orientée vers l’histoire de l’art en intégrant l’École du Louvre. Elle y a obtenu un diplôme de premier cycle en histoire de l’art et archéologie puis a poursuivi avec un master 1 en muséologie. Elle intègre ensuite le master 2 recherche en histoire de l’art, au cours duquel elle effectue un semestre à l’Université d’Édimbourg. Lors de cette mobilité en Écosse, elle a pu suivre les cours du Master of Science Theory of Art and Display, et préparer son mémoire de recherche consacré aux liens entre la peintre Rosa Bonheur (1822-1899) et l’Écosse. Ce sujet alimente encore ses travaux de recherche aujourd’hui puisque depuis décembre 2022, elle prépare une thèse de doctorat en histoire de l’art contemporain à l’Université Lumière Lyon 2 (ED 483, LARHRA).
Au début de son doctorat, elle a bénéficié d’une bourse de la Fondation des Amis pour le Rayonnement des Musées d’Orsay et de l’Orangerie (FARMO), avant d’obtenir en 2023 un contrat doctoral de l’ED 483 à Lyon 2. Cela lui a permis de pouvoir se consacrer entièrement à la recherche et de pouvoir co-organiser, par exemple, en 2025 le premier colloque international tenu en France consacré aux questions interespèces dans les arts visuels, accueilli notamment à l’Université Lumière Lyon 2, au Musée des Beaux-Arts et à la Maison des sciences sociales et des humanités - Lyon / Saint-Étienne.
Son sujet de thèse
Titre : Appropriation, exploitation et circulation du vivant dans les pratiques artistiques du XIXᵉ siècle. Rosa Bonheur et le modèle animal.
Direction : Laurent Baridon, professeur d’histoire de l’art contemporain
Projet de thèse en Histoire de l'art contemorain | École doctorale : Sciences sociales (ED 483 : ScSo)
Laboratoire : Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA : UMR5190)
Oriane : « Dans ma thèse, j’explore les conditions d’appropriation, d’exploitation et de circulation des animaux dans les pratiques artistiques du XIXᵉ siècle, à partir d’une étude de cas élargie autour de Rosa Bonheur (1822-1899). En replaçant les artistes au sein de réseaux d’éleveurs, de zoologistes, de marchands et d’institutions scientifiques, mon étude cherche à mettre en lumière l’existence d’une économie animale à usage artistique, inscrite dans le contexte industriel et impérial du XIXᵉ siècle. Je m’intéresse ainsi aux modalités concrètes par lesquelles les artistes et les institutions artistiques ont acquis, accueilli et utilisé des animaux (vivants, morts ou empaillés) en tant que modèles. C’est dans cette perspective que je mobilise la notion de « modèle animal », par analogie avec le « modèle vivant », activité exercée par certains humains auprès des artistes ou des institutions. »
Sa méthodologie et son approche
Oriane : « Fondée sur un corpus interdisciplinaire d’archives, d’œuvres, d’objets et d’images, ma thèse croise les outils de l’histoire de l’art, de l’histoire sociale, de l’histoire des sciences et des animal studies. L’analyse des réseaux d’approvisionnement, des pratiques partagées et des formes d’extraction animale vise à restituer les conditions de la création. Je souhaite écrire une histoire plus animale de l’art, attentive aux relations interespèces et aux logiques d’exploitation qui structurent encore nos imaginaires contemporains. Ma thèse entend ainsi démontrer que l’histoire de l’art du XIXᵉ siècle est aussi une histoire du vivant observé, manipulé et transformé. »
Focus sur sa mobilité aux États-Unis lors de la 3e année de doctorat
Oriane : « La mobilité que j’ai effectuée aux États-Unis début 2025, grâce au dispositif MobiDoc, et à d’autres bourses et soutiens (Institut des Amériques, MESR & INHA et FARMO), a constitué une étape décisive dans l’avancement de ma thèse. Durant près de quatre mois, j’ai été Visiting Research Scholar à Wesleyan University sous la supervision de la professeure Kari Weil et j’ai arpenté le pays en parallèle pour collecter des données. J’ai pu étudier trois semaines au Getty Research Institute en bénéficiant d’une bourse de recherche spécifique décernée par l’institution. Mon objectif principal était d’accéder à des fonds d’archives inédits, à des œuvres et de me plonger dans le monde universitaire américain relatif autant à l’histoire de l’art qu’aux études animales. À cet égard, le séjour a pleinement répondu à mes objectifs. L’immersion dans les animal studies à Wesleyan University, a renforcé la dimension interdisciplinaire de mon travail et m’a conduite à accorder une place plus centrale aux enjeux éthiques et environnementaux. L’incroyable exposition Pets in the City (25/10/2024 - 20/04/2025), présentée à la New York Historical Society, a nourri ma réflexion en proposant un panorama riche des cohabitations entre humains et animaux à la période contemporaine, en écho direct avec mes recherches. Enfin, la densité des échanges scientifiques (discussions, conférences, workshop) a consolidé l’assise théorique de mon projet tout en ouvrant des perspectives de collaborations internationales durables. »
► Souvenirs du séjour aux États-Unis © Oriane Poret
Le campus de Wesleyan University, Connecticut, sous la neige

Une section de l’exposition Pets in the City à la New York Historical Society

Une rencontre avec des mule deers dans la ville de Cody, Wyoming
Ci-contre, de gauche à droite :
♦ (Le Getty Research Institute, Getty Center, Los Angeles
♦ La salle de consultation au Buffalo Bill Center of the West, Cody, Wyoming

Zoé Poli, doctorante en histoire

Après deux années de classe préparatoire à Nancy, Zoé Poli s'est inscrite en troisième année de licence d’histoire à l’Université Lumière Lyon 2, parcours géographie et métiers de l’enseignement. Elle y a découvert l’histoire sociale et l’histoire du genre, ce qui lui a donné envie de poursuivre son parcours dans le master MATILDA - Histoire europérenne des femmes et du genre (XVIIIe-XXIe). La rédaction d’un mémoire sur l’École d’auxiliaire de puériculture de Bron, entre 1947 et 1996, sous la direction de Mathilde Rossigneux-Méheust, maîtresse de conférences en histoire contemporaine ( Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes - LARHRA), a révélé son goût pour la recherche, notamment en archives. Il était presque naturel de se lancer dans une thèse d’histoire contemporaine en octobre 2022 portant sur la professionnalisation des métiers de la petite enfance, sous la co-direction de Mathilde Rossigneux-Méheust et de Marianne Thivend, professeure en histoire contemporaine (Université Paris Cité, chercheuse associée au LARHRA). 
Son sujet de thèse
Titre : Devenir des professionnelles du care. Histoire des formations aux métiers de la petite enfance en France, 1947-2011.
Direction : Marianne Thivend et Mathilde Rossigneux-meheust
Projet de thèse en Histoire | École doctorale : Sciences sociales (ED 483 : ScSo)
Équipe de recherche : Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (LARHRA : UMR5190)
Zoé : « Dans ma thèse, je travaille sur le processus de professionnalisation des métiers du care, en France, dans la seconde moitié du vingtième siècle. Pour cela, je m’intéresse à la formation des auxiliaires de puériculture, une profession reconnue par l’État en 1947, dans un contexte de très forte mortalité infantile. »
Sa méthodologie et son approche
Zoé : « Mes recherches s’appuient sur des sources diverses : dossiers d’élèves auxiliaires de puériculture, archives ministérielles de l’Éducation et de la Santé, revues d’orientation professionnelle, archives administratives des lieux de formation. En parallèle, je mène une enquête orale auprès d’anciennes élèves auxiliaires de puériculture des écoles étudiées. 
En proposant une histoire des diplômes, de l’institutionnalisation des formations, des expériences puis des trajectoires scolaires et professionnelles des élèves, et en s’inscrivant dans le renouvellement de l’histoire du travail de care, cette thèse croise des champs de recherche qui discutent encore peu entre eux : l’histoire des formations, du travail des femmes et des métiers de care. »
Ses réponses au questionnaire de Proust
♦ Quelle est la ville où vous aimeriez vivre ?
Stockholm. 

♦ Quel est votre film culte ?
Les demoiselles de Rochefort, de Jacques Demy

♦ Si vous n'étiez pas doctorante en histoire à Lumière Lyon 2, qu'auriez-vous aimé faire ?
Au lycée, j’ai préparé un baccalauréat littéraire option arts du cirque et j’ai longtemps hésité à poursuivre dans cette voie en intégrant des écoles de formation professionnelle. 

♦ Quel est votre mot favori ?
Cancoillotte. 

♦ Quel est le don que vous aimeriez posséder ?
Le don de voler ou la téléportation

♦ Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?
Lorraine brûle de Jeanne Rivière.

♦ Que vous reproche-t-on souvent ?
Mon impatience.

♦ Qu'est-ce qui vous fait rire ?
La comédienne et podcasteuse Sophie-Marie Larrouy.

♦ Quel est le moment de la journée que vous préférez ?
Les petits-déjeuners entre amies.

Informations pratiques

Partenaires

La Fondation des Treilles a été créée par Anne Gruner-Schlumberger (1905-1993). Elle est un lieu qui favorise le dialogue entre créateurs et chercheurs.
Depuis 1981, la Fondation des Treilles accueille ainsi chaque année des équipes internationales de recherche dans tous les domaines de la science, des lettres et des arts dans le cadre de séminaires, d’ateliers et de résidences de recherche.
Afin de soutenir la recherche en devenir, elle attribue chaque année un prix à des jeunes chercheurs et chercheuses, ouvert à toutes les disciplines, à des doctorantes et doctorants français ou de nationalité étrangère en fin de thèse menant leur recherche en France. D’un montant de 6 000 euros, il est décerné par le conseil scientifique de la Fondation des Treilles.