Docteure en géographie, Lorette Klepper vient de recevoir, presqu'un an après sa soutenance, le prix spécial de la thèse CIFRE décerné par l'Institut des Hautes Études des Mondes ruraux (IHEMRu).
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Grâce à l'IHEMRu, la recherche rurale a désormais son prix. L'objectif de cette initiative ? Soutenir la recherche et valoriser celles et ceux qui contribuent, par leurs travaux, à mieux comprendre les mondes ruraux et leurs transformations. Ce prix de thèse s’inscrit pleinement dans cette ambition : « récompenser une jeune recherche qui, par sa diversité, sa créativité et son regard sur les ruralités, fait écho aux idées et aux valeurs qui fondent l’Institut ». L'IHEMRu a également créé un prix spécial CIFRE, consacré à une démarche de recherche-action ou de recherche immergée au sein d’une entreprise, d’une administration ou d’une association, avec le soutien de l’Association nationale de la recherche et de la technologie (ANRT).
Le prix s’adressait ainsi à des travaux doctoraux portant sur les mondes ruraux dans toute leur diversité : leurs formes, dynamiques, évolutions, permanences, inventivités, mais aussi leurs crises et renouveaux, quels que soient les champs disciplinaires mobilisés.
Crédit photo : IHEMRu
| Quatre jeunes chercheuses ont été distinguées par le jury de l’IHEMRu, pour leurs thèses contribuant au rayonnement des ruralités et témoignant de la richesse des regards portés sur la ruralité. Parmi les lauréates, Lorette Klepper, docteure en géographie ayant soutenu sa thèse en décembre 2025 à l'Université Lumière Lyon 2, a reçu la mention spéciale du Prix de thèse CIFRE, lors de la cérémonie organisée le 15 octobre 2026 à Paris. Sa thèse en géographie et en aménagement « Adapter les petites centralités à l'avancée en âge : un enjeu pour les bailleurs sociaux et aménageurs », a été réalisé dans le cadre d'une CIFRE auprès de la société d’économie mixte Assemblia, sous la direction de Claire Delfosse, professeure des universités en géographie et chercheuse au laboratoire d'Études rurales (LER).
De gauche à droite : Sylvain Baudet (Banque des Territoires) ; Lorette Klepper (lauréate mention spéciale prix de thèse CIFRE), Florence Clermont-Brouillet (ANCT) ; Angèle Launay (lauréate prix de thèse CIFRE) ; Orlane Rouquier (lauréate 2d prix) ; Patrice joly, président du conseil scientifique de l'IHEMRu ; Fanny Hugues, lauréate (1er prix) et Dominique Faure, présidente de l'IHEMRu. |
C’est à la croisée de ces deux thématiques qu’à l’issue de ses études, en 2019, elle a souhaité approfondir ses réflexions en engageant un travail de recherche sur le vieillissement en milieu rural. La géographie s’est alors apparue comme une discipline particulièrement pertinente pour explorer cette question, puisqu’elle permet de penser les phénomènes sociaux à travers leur dimension spatiale, en articulant différentes échelles d’analyse, de l’espace vécu et des pratiques quotidiennes des individus aux dynamiques territoriales plus larges.
En 2021, Lorette Klepper a ainsi intégré l’Université Lumière Lyon 2 pour entreprendre un doctorat en géographie, aménagement du territoire et urbanisme, au sein du Laboratoire d’études rurales, sous la direction de la géographe Claire Delfosse et le co-encadrement de la sociologue Amélie Flamand (UMR Ressources, Université Clermont Auvergne).
Elle a accepté de répondre à quelques questions pour revenir sur ses années de doctorat, parler des spécificités d'une thèse en CIFRE, évoquer « l'après-thèse » et ce que représente la distinction reçu.
- Quels étaient les enjeux de votre sujet de thèse
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L. K. : « Ma thèse porte sur l’adaptation des petites centralités en milieu rural - petites villes, bourgs et villages - à l’avancée en âge. Elle part du constat que le vieillissement de la population dans les espaces ruraux français soulève d’importants enjeux d’aménagement : maintien des commerces et services, adaptation du logement, diversification de l’offre d’habitat, accessibilité des espaces publics, lutte contre la précarité et l’isolement… Dans ce contexte, les petites centralités en milieu rural jouent un rôle majeur pour l’accueil et le maintien de populations vieillissantes, mais elles sont souvent mal adaptées à leurs besoins.
Adapter les petites centralités à l’avancée en âge devient ainsi un enjeu majeur de la transition démographique. Il s’agit de transformer, améliorer et rendre l’espace plus habitable et désirable pour les personnes âgées.
Cette recherche interroge plus spécifiquement la manière dont les bailleurs sociaux et aménageurs contribuent à cette adaptation. Elle repose sur de l’observation participante, des enquêtes de terrain dans six communes, principalement localisée en Auvergne, plus de 70 entretiens avec des élu·es, des acteurs locaux et des personnes âgées, ainsi que l’analyse de questionnaires quantitatifs portant sur les attentes résidentielles des seniors.
En croisant les regards de la géographie, de l’urbanisme et de l’architecture, cette recherche propose une contribution originale à la compréhension des dynamiques démographiques à l’œuvre dans les espaces ruraux. Elle participe au développement des recherches en géographie sur l’habiter et le logement, et interroge la manière dont les personnes âgées habitent et s’approprient les espaces ruraux. » - Quelles sont les particularités d'une thèse en CIFRE ?
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L. K. : « Dès les premières réflexions autour de mon projet de thèse, j’étais animée par la volonté de mener une recherche étroitement articulée aux enjeux opérationnels, capable de nourrir les pratiques professionnelles et d’éclairer l’action. Le dispositif CIFRE m’est ainsi rapidement apparu comme un cadre particulièrement pertinent pour faire dialoguer recherche académique et réalités de terrain.
À l’issue de mes études, j’ai rencontré Rachid Kander afin de lui présenter une première ébauche de mon projet doctoral. À cette période, la Société d’économie mixte assemblia s’interrogeait sur les modalités d’adaptation de son parc immobilier au vieillissement de la population, dans le cadre de l’élaboration de son Plan stratégique patrimonial. Mon sujet de recherche faisait ainsi directement écho aux réflexions stratégiques engagées par la structure. Convaincu de l’intérêt de cette démarche, Rachid Kander a accepté de soutenir ce projet et d’engager assemblia dans sa toute première convention CIFRE. » - Comment se sont déroulées vos années de doctorat ?
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L. K. : « Mes quatre années de thèse ont été particulièrement épanouissantes, riches en enseignements et en rencontres. C’est une grande chance de pouvoir prendre le temps d’approfondir un sujet de recherches et de récolter des données inédites dans le cadre d’enquêtes de terrain. Ces dernières ont été pour moi particulièrement stimulantes, et j’en profite pour remercier l’ensemble des personnes qui ont accepté de s’entretenir avec moi, les acteurs institutionnels, les élus locaux, les architectes, les bailleurs sociaux et surtout les habitant.es.
Sancoins (Cher, Centre-Val de Loire)
Rochefort-Montagne (Puy-de-Dôme)Ces années m’ont aussi permis de rencontrer deux collègues également en thèse – désormais titulaire de leur doctorat - : Hèléne Blasquiet-Révol et Anton Paumelle, avec qui j’ai eu la chance de co-fondé un réseau de recherches, le Réseau vieillissement dans les campagnes (Révic), et d’organiser plusieurs manifestations scientifiques à ce sujet.
Ce furent également des années difficiles, très denses, durant lesquelles les attentes sont nombreuses (communiquer, publier, rédiger,…). C’est un travail personnel exigeant et très solitaire, dont les conséquences sur la santé mentale peuvent être importantes. »
Source : assemblia, présentation auprès de l'entreprise
Soutenance de thèse
Soutenance de thèse - Que faites-vous depuis votre soutenance de thèse ?
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L. K. : « Depuis ma soutenance en décembre 2025, je suis heureuse de travailler pour l’agence de design inclusif Aïna, fondée par Florence Mathieu. Mon travail s’inscrit dans une démarche d’accompagnement de la transformation de l’offre médico-sociale, dans les champs du grand âge et du handicap.
Il consiste notamment à accompagner les établissements et services médico-sociaux (EHPAD, maisons d’accueil spécialisées, instituts médico-éducatifs…) dans une évolution de leurs modèles d’accompagnement et de leurs espaces de vie : passer d’une logique institutionnelle, dans laquelle la personne réside au sein d’un environnement principalement organisé autour du soin, à une logique domiciliaire, où elle est avant tout considérée comme une habitante, disposant d’un véritable chez-soi. Cette approche vise à replacer les personnes, leurs usages, leurs aspirations et leur pouvoir d’agir au cœur de la conception des lieux de vie et des pratiques professionnelles.
Les compétences développées au cours de ma thèse, notamment en matière de conduite d’entretiens, de méthodologie d’observation et de capacités d’analyse et de synthèse, constituent aujourd’hui des ressources précieuses que je mobilise quotidiennement dans ma pratique professionnelle.
À plus long terme, je souhaite également contribuer au développement de projets de recherche au sein d’Aïna. Je suis en effet convaincue de la complémentarité entre recherche et action : la recherche permet d’éclairer les pratiques, de questionner les méthodologies mises en œuvre et d’en évaluer les effets, dans une perspective d’amélioration continue de nos interventions. » - Que représente pour vous le prix décerné par l'IHEMRu ?
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L. K. : « Je remercie chaleureusement les membres du jury de l'Institut des hautes études des mondes ruraux d'avoir distingué mon travail. Ce prix représente une très belle récompense et mise à l'honneur de ma thèse.
Je souhaiterais terminer ce portrait en rendant hommage à Rachid Kander, décédé le mois dernier. Directeur de la société d'économie mixte assemblia, entreprise engagée dans le développement du logement social et l’aménagement des territoires du Puy-de-Dôme et de l’Allier, Rachid m’a donné l’opportunité de réaliser ma thèse dans le cadre d’un contrat CIFRE au sein de cette structure.
Sa bienveillance, son sens de l’écoute et son ouverture d’esprit ont été déterminantes dans mon parcours. En me donnant la possibilité de mener un travail de recherche au cœur d’une structure opérationnelle, il a témoigné de sa conviction quant à l’importance de faire dialoguer recherche et action. Je lui suis profondément reconnaissante de m’avoir accordé cette confiance et d’avoir contribué à faire de cette expérience une étape aussi riche et structurante de mon parcours professionnel et personnel.
Recevoir le prix CIFRE de l’Institut des hautes études des mondes ruraux donne une résonance toute particulière à cet engagement. Je souhaite aussi, à travers cette distinction, saluer sa mémoire et lui témoigner toute ma gratitude. »
Informations pratiques
Partenaires
Il leur offre une meilleure connaissance des caractéristiques des territoires ruraux dans leurs potentiels et dans les moyens de les valoriser. Il valorise la recherche pour améliorer la compréhension et la prise en compte des ruralités. → En savoir plus
► Composition du jury dy prix de thèse♦ Sylvain Baudet, expert Ruralités et développement local à la Banque des Territoires (Caisse des dépôts) ;♦ Olivier Bouba-Olga, professeur des universités en aménagement du territoire (Université de Poitiers / laboratoire RURALITÉS), chef du service "études, prospective et évaluations" de la Région Nouvelle-Aquitaine ; ♦ Samuel Depraz, directeur de la recherche et de la prospective (Ecole Supérieure des Professions Immobilières) ; ♦ Patrice Joly, Sénateur ; ♦ Romain Lajarge, professeur en géographie-aménagement (École Nationale Supérieure d'Architecture / Université Grenoble Alpes) ; ♦ Magali Martin, Administratrice de l’État hors classe • Directrice des programmes France Ruralités, Villages d’avenir et Montagne (Agence nationale de la cohésion des territoires) ; ♦ Hélène Reigner, professeure en aménagement et urbanisme (Aix-Marseille Université / Laboratoire Interdisciplinaire Environnement et Urbanisme) ; ♦ Laurent Rieutort, professeur de géographie (Université de Clermont-Auvergne / UMR Territoires). |