Publié le 20 février 2026
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Mis à jour le 23 février 2026
le 20 février 2026
C'est pour son ouvrage "Filles en conflits : Consentement et vocations religieuses. France-Espagne, XIXe siècle", que la Chaire d’études sur le fait religieux (CERI/Sciences Po) a distingué Inès Anrich, maîtresse de conférences en histoire à l’Université Lumière Lyon 2, chercheuse au Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes (LARHRA/UMR5190). Elle remporte le Prix du Premier livre de l'édition 2025, ex-aequo avec Eléna Guillemard, chercheuse associée au LARHRA, pour "L’adieu aux ordres : Les sécularisations des religieuses au moment de la Réforme".
Le Prix du Premier livre de la Chaire d’études sur le fait religieux (Centre de recherches internationales - CERI / Sciences po) est une intiative visant à « soutenir la jeune recherche dans un contexte académique de plus en plus compétitif, où la publication d’une première monographie constitue souvent une étape décisive de l’insertion professionnelle ». Il a vocation à récompenser un ouvrage de sciences sociales du fait religieux contemporain, publié en français, dans l’année. Pour cette édition, le jury, composé à la fois d’un ou une membre du comité scientifique de la Chaire, et d’une chercheuse ou un chercheur extérieur spécialiste du sujet abordé dans l’ouvrage, a distingué trois ouvrages pour la qualité et l’originalité de leurs contributions. → Consulter le palmarès
► Que représente pour vous ce prix ?
► Les travaux récompensés par ce prix doivent reposer sur une recherche académique originale, fondée sur des données empiriques et/ou théoriques de première main, et constituer une première monographie en nom propre. Pouvez-vous nous parler des travaux que vous présentez dans Filles en conflits ?
► Votre ouvrage porte sur le XIXe siècle, mais selon vous, le sujet peut-il faire écho aujourd'hui ?
Entretien avec Inès Anrich
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| I. A. : « Je suis ravie et très honorée d’avoir obtenu ce prix, qui vient récompenser un travail entamé en 2017, dans le cadre de ma thèse. Cette récompense fait écho à la manière dont j’aborde le fait religieux dans mes travaux : une porte d’entrée sur le monde social, sur l’intimité familiale et sur la vie quotidienne des jeunes femmes à une période - le XIXe siècle - où le catholicisme occupe une place centrale dans les sociétés française et espagnole. » |
| I. A. : « Cette recherche s’est appuyée sur une longue enquête de terrain dans des archives, civiles et religieuses, en France, en Espagne et au Vatican. Pour retrouver des cas de conflits familiaux autour d’entrées de femmes dans des communautés religieuses, j’ai consulté les archives des institutions qui avaient arbitré ces conflits. J’ai également dépouillé une sélection de journaux, romans, pièces de théâtre et essais : l’objectif était de comprendre comment les contemporain-es du XIXe siècle s’imaginaient et se représentaient la vie au couvent ainsi que les vocations religieuses des femmes. Pour finir, j’ai étudié une série de sources juridiques (textes de loi, codes, manuels et thèses de droit, revues) pour comprendre comment était codifiée l’entrée en religion des femmes au XIXe siècle. Si la thèse est un travail individuel, ma recherche s’est beaucoup nourrie de collaborations avec des collègues à Rome et en Espagne, où plusieurs chercheur-ses travaillent sur l’histoire du catholicisme à partir d’une perspective genrée. » |
| I. A. : « Même s’il porte uniquement sur le XIXe siècle, j’espère que ce travail pourra offrir un recul sur des enjeux plus contemporains, et en particulier sur les contraintes auxquels font face les jeunes femmes dans leurs choix de vie à la sortie de l’adolescence et la marge de manœuvre dont elles disposent. Si on se plonge dans les discours médiatiques et littéraires du XIXe siècle, on pourrait penser que les femmes qui entrent en religion le font sous la pression de leurs parents ou de leurs confesseurs, mais quand on étudie les archives, on se rend compte que ce sont plutôt les parents qui s’efforcent d’empêcher leur fille de rejoindre une communauté religieuse - même si le cas inverse a aussi existé. Cela invite à porter un regard critique sur les discours médiatiques qui nient la capacité d’action et l’autonomie des femmes lorsqu’elles font des choix en matière conjugale, professionnelle, scolaire, mais aussi religieuse. » |
Pour aller plus loin...
► Filles en conflits. Consentement et vocations religieuses (Paris, CNRS éditions, 2025)Au XIXe siècle la vie religieuse féminine connaît un essor spectaculaire et les entrées en religion des femmes se multiplient. Les vocations forcées, massives à l’époque moderne, restent un thème populaire dans la littérature. Pourtant, les jeunes femmes sont alors davantage confrontées à l’opposition de leurs parents devant leur projet de vie religieuse. Comment choisit-on son état – religieux, matrimonial ou de célibataire laïque – quand on est une jeune femme française ou espagnole au XIXe siècle? Quel poids les membres de la famille ont-ils dans cette décision ? → Lire la présentation détaillée de l'ouvrage► On en parle dans les médias♦ Critique «Filles en conflit» de Inès Anrich : la religion pour option (Libération - 4 septembre 2025)♦ Les brèves critiques de la rentrée littéraire : Histoire. « Filles en conflits », d’Inès Anrich (Le Monde des Livres, 12 septembre 2025) ♦ Pas au couvent ! (L’Histoire, 15 octobre 2025) ♦ Entrer au couvent, une affaire de famille ? (émission Babel sur la RTS - 30 novembre.2025) ► Le livre Filles en conflits figure dans le catalogue de notre bibliothèque universitaire (empruntable à la BUP Bron). |