Mise à jour le 26 mai 2026
Publié le 12 mai 2026 – Mis à jour le 26 mai 2026
Depuis 2023, trois équipes lyonnaises, en partenariat avec des institutions arméniennes, ont lancé des recherches archéologiques dans le Shirak, au nord-ouest de l’Arménie. Ce programme vise à éclairer une période encore mal connue, entre domination perse (VIe - IVe siècle avant notre ère) et débuts de l’Arménie chrétienne (IVe - VIIe siècle de notre ère).
▌ Sur les traces de l’Arménie ancienne
Nichée au sein du Haut Plateau arménien, la province du Shirak occupe un vaste bassin d’altitude structuré par la vallée de l’Akhuryan. Ce corridor naturel, aujourd’hui frontière entre l’Arménie et la Turquie, a toujours constitué un axe de circulations et d’échanges ainsi qu’une riche région agricole. L’histoire de l’occupation humaine dans cette région est donc longue et continue, laissant un paysage archéologique riche et particulièrement bien préservé.Pourtant, le Shirak demeure un angle mort de la recherche archéologique.
Son éloignement des grands centres universitaires et administratifs arméniens, son isolement renforcé par les conséquences du séisme de 1988, ainsi que la dispersion des archives et des collections archéologiques ont longtemps freiné la mise en place de programmes de recherche d’envergure.
Un projet collectif arméno-français
Son ambition est de dépasser les frontières chronologiques tout en mobilisant différentes approches disciplinaires. Le programme de recherche vise à comprendre à l’échelle d’un millénaire la structuration et la centralisation des lieux de pouvoir, l’utilisation des ressources naturelles par les sociétés et la transformation du paysage au fil du temps, entre continuités et évolutions.
Des sites témoins d’une longue histoire
Pour entrer dans cette histoire au long cours, le projet FACE s’appuie sur deux sites - laboratoires complémentaires : Beniamin et Ereruyk.
Opération de relevé architectural sur le site de Beniamin. (photo : S. Gonde
Les campagnes de terrain (2024 - 2025) ont permis de mieux documenter ces sites : de nouvelles zones ont été prospectées et cartographiées, des pistes d’interprétations des évolutions architecturales ont été proposées et des prospections pédestres, aériennes et géophysiques ont révélé des paysages archéologiques remarquablement préservés. | ► Beniamin a livré de vastes ensembles monumentaux et des secteurs artisanaux qui en font probablement un centre régional dès l’époque achéménide (VIe – IVe siècle avant notre ère). Son importance se prolonge durant l’Antiquité, comme l’atteste la découverte d’une basilique civile, avant une occupation plus diffuse au Moyen Âge. La chronologie et les évolutions de sa morphologie restent toutefois à préciser. ► Ereruyk, célèbre pour sa basilique édifiée au début du VIe siècle, est un cas emblématique de transformation d’un établissement probablement d’origine antique. Des recherches ont mis en évidence une enceinte d’apparat et un imposant barrage hydraulique, attestant l’existence d’un complexe structuré avant l’édification de la basilique qui reste à caractériser. |
En complément, une évaluation d’autres sites situés autour de vestiges d’églises anciennes (ex. Hogevank, Pemzachen) a permis de mesurer leur potentiel pour de futurs travaux. Ces édifices religieux constituent les héritages d’occupations parfois beaucoup plus anciennes, dont l'étendue peut recouvrir plusieurs dizaines d'hectares.
Le complexe paléochrétien d'Hogevank
(Cl. A. Lureau, 2025)
Vue d'un des villages médiévaux abandonnés sur les hauteurs d'Hogevank
(Cl. A. Lureau, 2025)
le site archéologique d'Horom
(Cl. A. Lureau, 2025)
La basilique d'Ereruyk depuis le nord
(Cl. A. Lureau, 2024)
Du terrain au patrimoine partagé
| À l’échelle du bâtiment, l’archéologie du bâti documente les techniques architecturales, les phases de construction et les choix de matériaux, grâce aux relevés, à la photogrammétrie (création de modèles 3D à partir de photographies) et aux analyses physico-chimiques ou radiométriques. À l’échelle du site et de ses abords, les prospections pédestres, aériennes et géophysiques permettent de cartographier les structures visibles et les vestiges enfouis. Les approches géoarchéologiques aident quant à elles à mesurer l’impact des occupations sur le territoire. À l’échelle régionale, l’inventaire des sites, l’étude des collections de mobiliers et l’analyse des archives issues des fouilles anciennes contribuent à restituer les réseaux d’occupation, les chaînes d’approvisionnement en ressources et les dynamiques de circulation dans la longue durée. |
La recherche contribue ainsi à la construction d’un outil de connaissance partagée, mis au service d’un territoire, de ses institutions et de ses habitantes et habitants.
Rédaction
| Article de • Anne Baud, professeure d’archéologie médiévale, Laboratoire ArAr, Université Lumière Lyon 2 • Sébastien Gondet, chargé de recherches, Laboratoire Archéorient, CNRS • Damien Martinez, maître de conférences en archéologie médiévale, Laboratoire CIHAM, Université Lumière Lyon 2 |