Mise à jour le 13 mai 2026
Publié le 13 mai 2026 Mis à jour le 13 mai 2026

Doctorante en littérature comparée au sein du laboratoire Passages Arts & littératures (XX-XXI), Soline Pestre consacre sa thèse à l’auto-traduction, interrogeant les causes du geste, ses significations et ses paradoxes à partir de l'étude d'un corpus de poètes et poétesses bilingues.

L’auto-traduction en poésie existe depuis la Renaissance : comment en êtes-vous venue à l’étudier ?

Fascinée par la poésie et par le langage, j’écris et traduis mes textes depuis quinze ans. Je ne questionnais toutefois pas vraiment ce geste avant de suivre le séminaire de François Géal, professeur en littérature comparée, sur la traduction littéraire. Ma pratique d’écriture et mes études ont ainsi nourri mon intérêt pour la traductologie. Par ailleurs, travailler sur René Char en master m’a fait découvrir la richesse des interprétations possibles de la langue poétique. Ces potentialités inextinguibles que je retrouve dans la poésie contemporaine ont orienté le choix de mon sujet de thèse. Confronter les approches de traduction des autrices et des auteurs est donc aujourd’hui un exercice passionnant !

Vous réalisez une thèse en littérature comparée, pouvez-vous expliquer en quoi consiste cette approche ?

La littérature comparée étudie les oeuvres issues de différentes aires culturelles et linguistiques pour en révéler les ressemblances, les différences et les singularités. Cette approche aborde les textes dans leurs relations avec d’autres arts ou pratiques culturelles, tout en intégrant les apports d’autres disciplines (philosophie, sociologie, histoire…). Elle fait dialoguer les oeuvres, les cultures et les langues de manière synchronique (oeuvres d’une même époque) ou diachronique (oeuvres d’époques différentes).
Pour ma part, je m’intéresse à la circulation des textes à travers leurs traductions. J’interroge la manière dont le bilinguisme transforme les poèmes et observe ce qui se passe dans le passage d’une langue à une autre. L’analyse des poèmes remaniés par Nancy Huston (franco-canadienne) permet par exemple d’observer ses choix de réécriture et la transformation du texte original.

Quel est votre corpus et quelles sont vos méthodes de recherche ?

J’ai choisi d’étudier des « textes vivants » rédigés par des autrices et des auteurs contemporains, à l’exception de Samuel Beckett, figure incontournable de l’auto-traduction dont la carrière littéraire est ponctuée de va-et-vient entre l’anglais et le français. Mon corpus comprend donc : Dominique Hecq, Michael Edwards, Nancy Huston, Raymond Federman, ami de Beckett décédé en 2009, Pierre Vinclair et Fabi Lemg. J’analyse leurs oeuvres en m’intéressant aux matérialités de la langue : statut des textes (original, traduction, version bilingue), formes et formats (édition, mise en page, structure du recueil) et objet livre.
Ma recherche explore ainsi la diversité des modalités de publication de l’auto-traduction (comparaison d’une édition unilingue à sa traduction, analyse de textes auto-traduits dissimulés dans un recueil). Du point de vue méthodologique, je mobilise les études de réception, la linguistique anglophone, la stylistique et la sémiotique qui permettent d’appréhender la réception des textes, le fonctionnement de la langue et les choix d’écriture.
 

Que peut apporter votre travail à votre discipline et à la société ?

Dans un monde interconnecté, où l’usage de l’anglais se généralise et la traduction s’automatise, j’espère que ma thèse contribuera au maintien des réflexions sur cette pratique culturelle dont la compréhension éclaire la production et la circulation des textes, l’étude des langues et le geste créatif littéraire. Plusieurs autrices et auteurs de mon corpus sont également peu connus et peu étudiés par les cercles académiques, mes travaux pourraient ainsi contribuer à les intégrer aux études comparatistes à venir !