Publié le 5 mars 2026 Mis à jour le 9 mars 2026
le 10 mars 2026

Le projet européen ANCHISE (Applying New solutions for Cultural Heritage protection by Innovative, Scientific, social and Economic engagement), programme Horizon Europe 2020, s’est achevé en janvier 2026, après 36 mois de recherches et d’expérimentations.

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Trois ans d’innovation et une ambition durable pour la protection du patrimoine culturel

Le projet européen ANCHISE (Applying New solutions for Cultural Heritage protection by Innovative, Scientific, social and Economic engagement), programme Horizon Europe 2020, s’est achevé en janvier 2026, après 36 mois de recherches et d’expérimentations.

Coordonné par l’École française d’Athènes, sous la direction de la Prof. Véronique Chankowski, le projet ANCHISE a réuni quinze partenaires européens autour d’un objectif commun : renforcer la protection du patrimoine culturel face au trafic illicite de biens culturels.
Forum final à Athènes - janvier 2026
© Équipe ANCHISE

Des outils innovants testés sur le terrain

Notre projet a permis de concevoir un écosystème technique intégré, tant sur des outils dont le développement a été initié préalablement, que sur des outils crées au sein même du projet, pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels à travers trois axes complémentaires : la prévention, l’interception et l’investigation. Il regroupe six outils numériques et analytiques qui couvrent l’ensemble du processus.
 
L’axe de surveillance se compose d’un premier outil combinant imagerie satellite et modélisation 3D afin de détecter, dater et signaler les fouilles illégales (Monitoring Toolbox, Iconem). Il est complété par un second outil capable de repérer des objets volés présents sur les marchés en ligne (KIKu Mon, Fraunhofer SIT).
Les outils d’interception comprennent des technologies de spectroscopie fluorescente pour authentifier des documents anciens (SFS Spectroscopy, INOV), ainsi qu’une application mobile facilitant l’identification rapide, à l’aide de l’intelligence artificielle, aux frontières ou au sein des musées, d’artefacts susceptibles d’être trafiqués (Arte-Fact, Parcs).
L’ensemble est complété par une infrastructure de bases de données partagées, fondée sur des standards sémantiques, permettant l’interopérabilité, le partage sécurisé des données et une coopération efficace entre les autorités policières, les professionnels des musées et des experts engagés dans la protection du patrimoine culturel (GUARDIAN-CH, CYI et ART-CH, ICCS).

Pour que les outils développés répondent au plus près des réalités du terrain, ANCHISE a organisé neuf démonstrations dans six pays européens entre 2024 et 2025, réunissant au total 163 archéologues, professionnels du patrimoine culturel et officiers des forces de l'ordre. Ces sessions ont permis d'évaluer concrètement les outils, de comprendre les obstacles à leur adoption, qu'il s'agisse d'interopérabilité, de cadre juridique ou de besoins en formation, et d'affiner progressivement leur intégration aux pratiques professionnelles.
Ces outils ont démontré qu’une approche centrée sur les usagers et usagères, fondée sur la coopération entre les communautés professionnelles et les développeurs et développeuses, est indispensable pour combler le fossé entre la recherche, l’innovation technologique et les réalités du terrain.
 

Une recherche engagée au service de la protection du patrimoine

Le projet comportait également un large volet scientifique de recherche en SHS. Celui-ci s’est concrétisé à travers la publication de plusieurs articles scientifiques et notamment du volume “Artefacts, roots, networks: endangered archaeology and trafficking of archaeological objects”, qui documente les travaux d’un symposium international organisé à Poitiers en novembre 2023. Ce volume rassemble et analyse des données, des approches et des contributions de chercheurs, chercheuses, acteurs et actrices de terrain pour renforcer la connaissance collective, encourager une coopération régionale et examiner les processus de repérage, d’identification et de répression des trafics, illustrant ainsi l’engagement scientifique du projet pour mieux comprendre et combattre ces phénomènes transnationaux
 

Vers une ambition politique pour structurer l’action européenne 

Au-delà des développements techniques, ANCHISE a formulé une proposition structurante pour l’avenir : la création d’un Centre européen de compétences contre le trafic et le pillage des biens culturels.
 
Cette recommandation est formalisée dans la Deuxième note de synthèse du projet (ANCHISE Policy Brief 2) et a été présentée pendant les travaux du Forum Final du projet. Le document dresse un constat clair : données fragmentées, compétences dispersées, outils encore insuffisamment interopérables et niveaux de formation inégaux selon les pays sont autant de freins à une protection efficace contre le trafic de biens culturels. Il propose ainsi la création d’une structure européenne pérenne capable de centraliser l’expertise scientifique et technologique, de soutenir les forces de l’ordre et les institutions culturelles, de coordonner la formation, d’assurer la viabilité des outils développés et de faciliter un échange d’informations sécurisé. Autrement dit, transformer les acquis d’ANCHISE en infrastructure durable au service des membres de l’Union européenne.
Cette proposition marque une évolution importante puisqu’ANCHISE ne se limite pas à produire de la recherche et à développer des outils, il propose aussi un modèle de gouvernance pour les années à venir.
 

Un rôle central pour l’Université Lumière Lyon 2

L’Université Lumière Lyon 2 a joué un rôle important dans le projet ANCHISE en assurant le pilotage du Work Package 4 – Pilot Experimentation and Demonstrations. Ce volet stratégique a été coordonné par le Prof. Olivier Henry, du laboratoire HiSoMA. À ses côtés, Mariana Vasilache, ingénieure de projet au sein du même laboratoire, a contribué à la mise en œuvre opérationnelle des activités de ce WP.
 
L’équipe lyonnaise a organisé les démonstrations internationales, en particulier celles dédiées aux archéologues (27 septembre 2024 à Amphipolis, Grèce, 1er avril 2025 à Kalmar, Suède et 4 septembre 2025 à Raguse, Italie), coordonné la participation des praticiens issus de différents secteurs professionnels et assuré l’analyse approfondie de retours des utilisateurs et utilisatrices. 
Cette contribution a abouti à un livrables majeur : le Rapport d’évaluation qui constitue aujourd’hui une référence méthodologique pour l’expérimentation technologique en contexte patrimonial.
Au-delà de la dimension technique, le projet a bénéficié des travaux du Dr Nikolas Kouloglou, post-doctorant au laboratoire HiSoMA, dont la recherche a produit une étude approfondie sur les contextes sociologiques du pillage lié à la détection illégale de métaux. Adoptant une approche comparatiste entre la France et la Grèce, cette étude analyse les dynamiques économiques du trafic et les logiques sociales qui le sous-tendent.
 

Et après ANCHISE ?

Le financement européen s’est achevé en 2026 mais ANCHISE ouvre une perspective claire : transformer la recherche et l’expérimentation en politique publique européenne. L’enjeu désormais n’est plus seulement d’innover, mais de pérenniser. 
 

Forum final à Athènes - janvier 2026 © Équipe ANCHISE

Avec ANCHISE, l’Université Lumière Lyon 2 et ses partenaires n’ont pas seulement permis d’analyser le fonctionnement et les réseaux du pillage, ni juste développé des outils : ils ont posé les bases d’une réponse européenne durable et structurée face au pillage et au trafic du patrimoine culturel.

→ Plus d’informations sur https://www.anchise.eu/ 

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Mariana Vasilache, Ingénieure d'études - Projet européen ANCHISE :