Publié le 24 avril 2020 Mis à jour le 29 avril 2020

Maître de conférences (MCF) en économie, chercheur au laboratoire d’aménagement et d’économie des transports (LAET) et responsable de la licence professionnelle gestion des réseaux ferrés (GRF), Florent Laroche passe le confinement comme beaucoup à son domicile, en famille, dans le Haut Jura.

Comment s'organise l'adaptation des cours et des évaluations ?
F. L. : Tout s’est accéléré à partir du jeudi 12 mars au soir lorsque le Président de la République a annoncé la fermeture jusqu’à nouvel ordre des universités. Il a fallu dès le vendredi matin trouver des solutions pour appliquer la continuité pédagogique à partir du lundi 16 mars 9h. Le vendredi 13 mars fut donc une journée intense en termes d’échanges notamment avec l’entreprise partenaire, les intervenant.es et les étudiant.es qu’il a fallu rassurer.
Dans l’ensemble, la réorganisation des enseignements s’est faite en grande autonomie par rapport à l’Université. Néanmoins, deux informations essentielles données par la Présidente de l’Université ont permis de faciliter grandement le travail à savoir l’engagement de rémunération auprès des intervenant.es extérieur.es et l’interdiction de poursuivre physiquement les cours.

Parmi les actions réalisées dès le vendredi, je retiens la mise en place d'un guide d’utilisation des outils numériques à destination des intervenant.es de la licence, une guide d’utilisation à destination des étudiant.es, le basculement du suivi pédagogique à distance notamment grâce au travail de Stéphanie Cateland. Ainsi, les cours ont pu avoir lieu dès le lundi 16 mars à 9h sans saturer les messageries durant le week-end ! La semaine qui suivit fut également très intense, notamment pour faire le point auprès de chaque étudiant.e concernant leurs conditions d’accès aux cours, connexion internet, etc. Un point a également été réalisé auprès de chaque intervenant.e pour s’assurer de la bonne coordination pratique (accès aux outils à distance) et pédagogique de l’équipe. Cependant, tout ceci n’a été possible qu’en raison du petit nombre d’étudiant.es (13) et d’intervenant.es (6).
Depuis, nous gérons la situation au fil de l’eau, entre retours d’expérience, partage des bonnes pratiques et points réguliers pour maintenir la motivation et le moral de chacun.e. Il a également fallu trouver des solutions pour les examens lors de l’annonce de prolongation du confinement au-delà de mi-avril. Ainsi, les Modalités de Contrôle des Connaissances ont été modifiées à plusieurs reprises et devraient permettre aux étudiant.es d’achever leur année à distance. Les jurys de mémoire prévus début juin se tiendront en visioconférence.

Bref, l’effort produit pour adapter la formation fut relativement intense durant les deux premières semaines de confinement demandant beaucoup d’anticipation et d’implication de la part des équipes administratives et pédagogiques que je remercie grandement ! Mais on y est arrivé ! Aujourd’hui vendredi 24 avril, l’ensemble des cours sont achevés pour la LP GRF et l’ensemble des examens ont été réalisés avec un taux de participation des étudiant.es de 100% et des retours positifs de la part des intervenants. Reste à voir comment cette expérience pourra nous inspirer pour les années à venir...

Le confinement a-t-il changé votre rythme de travail ?
F. L : Le confinement en soi a peu changé mon rythme de travail. Beaucoup de maître.sses de conférences ont l’habitude de faire du télétravail. Le changement est intervenu lorsque notre nourrice a arrêté son activité le lundi 23 mars. Mon temps de travail s’est trouvé réduit d’environ 70%, seule la sieste m’a permis de poursuivre mon activité.
Il a donc fallu faire un choix, l’urgence des enseignements à donner et la licence professionnelle à coordonner plutôt que la recherche. Ce choix n’est pas nouveau pour les MCF en charge d’un diplôme mais il a été durement révélé par la crise.

Quelles incidences pour vos travaux de recherche ?
F. L. :
Je commence seulement à reprendre quelques activités depuis le lundi 20 avril, un mois après le début du confinement. L’activité du côté de la LP commence à se réduire, je peux donc me replonger dans les projets qui ont pris plusieurs semaines de retard. C’est perturbant d’autant que certain.es collègues semblent avoir eu plus de temps pour avancer.

Les initiatives et sollicitations sur l’analyse de la situation sont nombreuses. Mais comment y répondre favorablement lorsque l’on est déjà en retard sur les recherches en cours ? Et puis, que dire de nos « nouveaux » comportements sur le court terme ? Ce n’est que sur une longue période que l’on pourra déterminer si oui ou non nos comportements ont changé. Pour l’instant, nous vivons l’urgence et la contrainte (ce qui n’exclut pas des recherches sur la manière dont nous vivons et intégrons la contrainte). Certains de mes collègues achèvent seulement des études portant sur la crise de 2007, alors rendez-vous en 2030 pour tirer des conclusions sur le Covid-19 !

Ainsi, je poursuis mes relevés hebdomadaires des prix et fréquences sur plusieurs liaisons interurbaines en France débutés en septembre 2019 pour évaluer l’impact de l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire sur les différents modes de transport (ferroviaire, aérien, covoiturage et bus). Il se trouve que depuis, j’ai eu une grève majeure et désormais le virus. Certainement, je produirai un article sur le virus et ses impacts sur les transports de voyageurs dans un an ou deux, bien loin mon objectif initial !
 
Bureau de confinement
Bureau de confinement
Un conseil ?
(Re)voir des classiques du cinéma à la TV pour se divertir... Et surtout, une recommandation de lecture : Les lances du crépuscule de Philippe Descola, une étude ethnographique sur les indiens Jivaros des années 70. « Très intéressant, même d'un point de vue économique ! »